Une pensée par jour

GRANDES VOIX · UNE PAR JOUR
Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue.
— Socrate, 399 av. J.-C.
Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue.
— Socrate, 399 av. J.-C.

Selon Platon, Socrate la prononce devant ses juges, qui viennent de le déclarer coupable.

4 Réflexions

Platon, Apologie de Socrate, 38a, traduction d'Émile Chambry

Socrate n'a laissé aucun texte : la phrase vient du récit que Platon donne de sa défense, au procès de 399 av. J.-C. Reconnu coupable, il doit opposer une peine à la mort que réclame Anytos. On pourrait lui dire, imagine-t-il, de se taire et d'aller vivre dans une cité étrangère. Il répond que ce serait désobéir au dieu, et que s'entretenir chaque jour de la vertu, en s'examinant soi-même et les autres, est le plus grand bien de l'homme.

La phrase n'est donc pas une maxime détachée : elle explique pourquoi il refuse ce marché. Cet examen quotidien est, pour lui, ce qui rend une vie humaine digne d'être vécue ; y renoncer pour sauver sa vie, ce serait perdre ce qui donne son prix à la vie.

M. Dubois · 14 mars 2016
J'ai recopié cette phrase sur la première page de mon carnet neuf. À soixante ans, je me demande si j'ai assez regardé ma propre vie en face. J'espère qu'il n'est pas trop tard pour commencer.
petite_lampe · 2 oct. 2019
Je la relis chaque fois que les journées se mettent à se ressembler. S'arrêter, se demander pourquoi — c'est devenu ma petite habitude du dimanche soir.
Camille R. · 8 juin 2023
Mes élèves de terminale ont débattu de cette phrase pendant une heure entière. Certains la trouvaient cruelle, d'autres libératrice. C'est moi qui ai le plus appris, à les écouter.
L. Garnier · 19 mars 2026
On en fait volontiers un éloge de l'introspection. Socrate, lui, examinait sa vie en questionnant le premier venu sur la place publique. Rien de plus sociable que cet examen-là.
Le commencement est la partie la plus importante de l'œuvre.
— Platon, vers 375 av. J.-C.

Platon la fait dire à Socrate, qui s'entretient avec Adeimante de l'éducation des enfants.

3 Réflexions

Platon, La République, livre II, 377a

Dans ce dialogue de Platon, écrit vers 375 av. J.-C., Socrate vient de dire qu'il faut enseigner la musique avant la gymnastique, car on raconte des histoires aux enfants avant l'âge des exercices du corps. Le grec dit « de toute œuvre », et la phrase se poursuit, dans la traduction de Cousin : « surtout à l'égard d'êtres jeunes et tendres », qui se façonnent alors et reçoivent l'empreinte voulue. Socrate en conclut qu'il faut une censure des auteurs de fables.

Le commencement compte parce que l'enfant prend alors l'empreinte qui formera son caractère. La maxime vaut pour toute œuvre, mais elle sert ici un argument précis : les récits façonnent les plus jeunes, et la cité doit y veiller.

le_flâneur · 21 janv. 2017
Bien tombé pour un 21 janvier. Je repousse toujours mes projets jusqu'en février, par peur du tout premier pas. Cette année j'essaie de faire autrement.
fenêtre_ouverte · 6 juin 2017
On ne remarque un début que lorsqu'il est raté ; réussi, il s'efface derrière la suite. C'est sans doute pour cela qu'on le croit facile.
Aurélie P. · 5 sept. 2022
On me l'a dit autrement quand j'ai ouvert mon atelier de céramique : le premier geste sur l'argile décide de toute la pièce. Platon avait raison bien avant mon tour.
Une seule hirondelle ne fait pas le printemps, ni un seul beau jour.
— Aristote, vers 330 av. J.-C.

La phrase se poursuit : ni un jour ni un temps bref ne rendent un homme heureux.

Aristote, Éthique à Nicomaque, livre I, chapitre 7, 1098a

Aristote vient de dire que le bonheur humain doit s'accomplir « dans une vie complète ». Sous cette forme libre, proche de la traduction de Barthélemy-Saint-Hilaire, la phrase ne garde que l'image ; chez Aristote, elle continue : de même, un seul jour ou un peu de temps ne rend pas un homme bienheureux et heureux. Le grec dit simplement « un jour » ; « beau » vient des traducteurs. L'image de l'hirondelle était proverbiale : la Souda, lexique byzantin, la recueille comme telle.

Le bonheur, pour Aristote, se mesure sur une vie entière : une bonne journée ne fait pas une vie heureuse. La Souda en tire une leçon voisine : un seul bon jour ne mène pas le sage à la perfection, ni un mauvais jour à l'ignorance.

Il faut bien peu de chose pour vivre heureux ; tout est en toi-même, dans ta façon de penser.
— Marc Aurèle, vers 175 apr. J.-C.

Marc Aurèle n'a écrit que la première moitié, dans des notes qu'il tenait pour lui-même.

4 Réflexions

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, livre VII, 67

La phrase reprend librement VII, 67 : « tout est en toi-même, dans ta façon de penser » est un ajout. Marc Aurèle s'y rappelle seulement qu'« il ne faut presque rien pour être heureux » (Barthélemy-Saint-Hilaire), et qu'il ne doit pas renoncer à être libre, modeste, sociable et obéissant à Dieu parce qu'il a désespéré de devenir dialecticien ou savant dans l'étude de la nature. Il écrivait en grec, pour lui-même.

Le réconfort vise un renoncement précis : sans exceller en logique ni en physique, il reste possible de bien vivre. Marc Aurèle exprime pourtant ailleurs l'idée ajoutée : on peut se retirer en sa propre âme (IV, 3), et l'âme prend la couleur de ses pensées (V, 16).

la_liseuse · 9 févr. 2016
Première visite ce matin, et je tombe sur celle-ci. Peut-être un signe. En tout cas je reviendrai.
Thomas V. · 17 nov. 2018
Facile à dire quand on a chaud et qu'on a mangé. Mais je reconnais que mes journées les plus légères sont celles où je n'ai rien voulu de plus.
Hélène B. · 30 avr. 2021
Après une année difficile, j'ai vidé la moitié de mes placards et je respire mieux. Marc Aurèle a raison, le poids était surtout dans la tête.
J. Mercier · 12 juil. 2025
Je reviens souvent à cette page. Neuf ans que je vous lis au petit déjeuner, et c'est toujours celle-ci qui me calme le plus.
Ne perds plus ton temps à discuter de ce que doit être l'homme de bien. Sois-en un.
— Marc Aurèle, vers 175 apr. J.-C.

Marc Aurèle se l'adresse à lui-même, dans les notes privées de ses Pensées.

2 Réflexions

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, livre X, 16

Les Pensées sont les notes privées de l'empereur, écrites peut-être en partie à Sirmium, où il préparait ses campagnes militaires entre 170 et 180 apr. J.-C. Juste avant, il se rappelle qu'il lui reste peu de vie et qu'il faut vivre comme sur une montagne. Le grec demande de ne plus du tout discuter de ce que doit être l'homme de bien, mais de l'être ; « perdre son temps » vient de l'anglais de Staniforth (1964).

Cette pensée oppose parler de la philosophie et la vivre. Pour un homme qui sent son temps compté, il n'y a plus à débattre de ce qu'est l'homme de bien : il ne reste qu'à l'être, et c'est à lui-même que Marc Aurèle l'impose.

L. Garnier · 9 janv. 2018
Douze livres à se demander comment bien vivre, et, au dixième, l'ordre de cesser d'en discuter. Marc Aurèle se contredit, et il n'en est que plus proche.
Sofiane B. · 3 mars 2020
Je l'ai mise en fond d'écran. Moins discuter, faire. J'ai arrêté net un débat sans fin que je menais contre moi-même, grâce à ces deux lignes.
Nous souffrons plus souvent en imagination qu'en réalité.
— Sénèque, vers 63 apr. J.-C.

En retraite au soir de sa vie, Sénèque l'écrit à Lucilius, alors procurateur de Sicile.

4 Réflexions

Sénèque, Lettres à Lucilius, lettre 13, 4

Retiré après plus de dix ans au service de Néron, Sénèque écrit la lettre 13 en 62 ou 63 apr. J.-C., selon la chronologie. Dans la traduction anglaise de Gummere, elle s'intitule « Sur les craintes sans fondement ». La phrase suit un constat : plus de choses nous effraient qu'il n'y en a pour nous écraser. Le latin dit opinione, « par l'opinion » ; « imagination » est le mot de Gummere, quand Joseph Baillard traduisait : « nos peines sont plus souvent d'opinion que de réalité ».

Sénèque sépare ce qui accable de ce que le jugement ajoute d'avance. Son conseil, dans la même lettre, est de ne pas être malheureux avant la crise, puisque les dangers redoutés peuvent ne jamais venir. Une grande part de nos peines tient à l'opinion.

Élise M. · 19 oct. 2017
Sénèque décrit mot pour mot mes nuits blanches. Le matin, le problème est toujours plus petit que celui que mon esprit avait fabriqué.
le_promeneur · 6 juin 2020
Vérifié mille fois pendant le confinement. Mon imagination courait bien plus vite et bien plus loin que les vraies nouvelles.
fenêtre_ouverte · 9 oct. 2024
La veille d'une tempête annoncée, j'imagine le pire : le jardin couché, les tuiles arrachées. Le vent passe, deux branches tombent. La peur était plus grande que la bourrasque.
vieux_carnet · 28 déc. 2024
À mon âge je peux confirmer : presque toutes les catastrophes que j'ai redoutées ne sont jamais venues. Dommage de l'apprendre si tard.
Ce n'est pas que nous ayons peu de temps à vivre, c'est que nous en perdons beaucoup.
— Sénèque, vers 49 apr. J.-C.

Sénèque l'adresse vers 49 apr. J.-C. à Paulinus, chargé du ravitaillement de Rome en blé.

5 Réflexions

Sénèque, De la brièveté de la vie, chapitre 1, 3

Le premier chapitre répond aux plaintes sur la brièveté de la vie, comme celle du plus illustre des médecins : « la vie est courte, l'art est long ». Sénèque y oppose cette phrase : la vie est assez longue pour les plus grandes choses, si elle est tout entière bien employée. Paulinus, alors préfet de l'annone, était vraisemblablement un proche parent de Pompeia Paulina, l'épouse de Sénèque.

Sénèque renverse la plainte : la vie reçue n'est pas courte, nous la rendons telle ; nous n'en manquons pas, nous la gaspillons. Le temps devient un capital que l'on place bien ou mal, et la phrase fait dépendre la longueur de la vie de l'usage qu'on en fait.

Margaux L. · 11 avr. 2016
Vingt-cinq ans et déjà cette impression de courir après le temps. Merci pour ce rappel dès le lever.
M. Dubois · 23 août 2018
Je note mes heures perdues depuis une semaine. C'est effrayant et instructif. Sénèque tenait déjà ce journal-là, à sa façon.
la_liseuse · 14 févr. 2021
Cinq ans que je commence ma journée ici. C'est peut-être le seul temps de mes matins que je ne gaspille pas.
Thomas V. · 2 mai 2023
Ma fille a fait ses premiers pas cette semaine. D'un coup je ne gaspille plus rien, je regarde tout.
A. N’Diaye · 9 sept. 2026
Dix ans que cette phrase m'accompagne, et je crois enfin la comprendre. Ce n'est pas le temps qui manque, c'est l'attention.
Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les jugements qu'ils portent sur elles.
— Épictète, vers 108 apr. J.-C.

Arrien, l'élève d'Épictète qui compila le Manuel d'après ses leçons, rapporte ces mots.

2 Réflexions

Épictète, Manuel, chapitre 5, compilé par Arrien

Le Manuel, recueil de préceptes pratiques compilé vers 125, reprend pour moitié, en les remaniant, des passages des Entretiens. Arrien, en âge de l'écouter vers 108, disait avoir noté les paroles d'Épictète au plus près de ses propres mots. Le grec parle de dogmata, les jugements sur les choses, et poursuit : la mort n'a rien de terrible, sinon Socrate l'aurait jugée ainsi ; le terrible est le jugement qui la dit terrible. Guyau traduisait : « leurs opinions sur les choses ». Laurence Sterne a mis cette phrase grecque en épigraphe de Tristram Shandy, en 1760.

Le trouble vient de l'idée qu'on se fait des événements. Le Manuel en tire une règle : entravé ou affligé, on ne s'en prend qu'à ses propres jugements ; l'ignorant accuse les autres, le débutant lui-même, l'homme accompli personne.

petite_lampe · 7 juin 2019
Épictète, le tout premier thérapeute. J'ai changé mon regard sur mon trajet du matin, et le métro ne me pèse plus de la même manière.
Camille R. · 15 janv. 2024
Je l'ai citée à un ami furieux contre la pluie. Il a fini par sourire. Ce n'est pas la pluie, c'est ce qu'on se raconte à son sujet.
Dis-toi d'abord ce que tu veux être, puis fais ce que tu as à faire.
— Épictète, vers 108 apr. J.-C.

Ces mots ouvrent une leçon contre ceux qui lisent et discourent pour se faire admirer.

Épictète, Entretiens, livre III, 23, 1, rapportés par Arrien

Les Entretiens sont les leçons d'Épictète notées par Arrien au plus près de ses mots, généralement datées des environs de 108. Le grec demande de se dire d'abord qui l'on veut être, puis d'agir en conséquence dans ce que l'on fait, comme les athlètes qui décident d'abord ce qu'ils veulent être. La forme « fais ce que tu as à faire » remonte à la traduction anglaise d'Elizabeth Carter, publiée à Londres en 1758.

La question est celle du but : celui qui invite à l'entendre discourir doit d'abord savoir s'il veut être utile ou être loué. Le choix de ce que l'on veut être précède la parole. L'école du philosophe, dit Épictète, est un cabinet de chirurgien, dont on sort dans la douleur, non dans le plaisir.

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
— Héraclite, vers 500 av. J.-C.

Le « deux fois » vient de Platon et Plutarque ; Héraclite parle d'eaux toujours autres.

4 Réflexions

Héraclite, fragment B12 (Diels-Kranz) ; forme « deux fois » : Platon, Cratyle, 402a

Héraclite d'Éphèse, actif vers 500 av. J.-C., s'exprimait dans une langue oraculaire ; son livre n'est connu que par des citations. Le fragment B12, conservé par Eusèbe, dit : sur ceux qui entrent dans les mêmes fleuves affluent d'autres et d'autres eaux. Dans le Cratyle, Socrate rapporte qu'Héraclite dit qu'on ne saurait entrer deux fois dans le même fleuve ; Plutarque reprend cette forme, souvent citée en français comme un proverbe. Kirk et Marcovich tiennent B12 pour le seul fragment authentique sur le fleuve.

Dans B12, les fleuves restent les mêmes tandis que les eaux changent : ce qui demeure et ce qui passe sont dits ensemble, une coïncidence des contraires. Le proverbe retient le changement ; le fragment unit l'identité du fleuve et le renouvellement de ses eaux.

le_flâneur · 3 mars 2017
Je marche au bord de la Loire chaque matin. Jamais la même eau, jamais tout à fait le même homme. Héraclite marchait avec moi aujourd'hui.
Aurélie P. · 22 nov. 2019
Relu juste après un déménagement. Rien n'est resté pareil, et au fond c'est très bien ainsi.
Hélène B. · 18 juil. 2022
Ma mère est partie ce printemps. Le fleuve coule quand même, et je commence seulement à comprendre pourquoi cette image console.
le_promeneur · 4 oct. 2025
On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve... mais on peut revenir sur la berge. J'y reviens chaque automne, et la phrase a toujours changé de sens.
Le soleil est nouveau chaque jour.
— Héraclite, vers 500 av. J.-C.

Aristote rapporte ces mots d'Héraclite en niant que le soleil se nourrisse d'humidité.

Héraclite, fragment B6, rapporté par Aristote, Météorologiques, II, 355a

Héraclite d'Éphèse, actif vers 500 av. J.-C., s'exprimait dans une langue d'oracle. Aristote juge absurde que le soleil se nourrisse de l'humidité qu'il fait monter : le feu ne se nourrit pas davantage de l'eau qu'il chauffe. Sinon, objecte-t-il, le soleil ne serait pas seulement nouveau chaque jour, comme le dit Héraclite, mais nouveau sans cesse. Diels, qui tire ce fragment de la phrase d'Aristote, n'en garde pour Héraclite que « nouveau chaque jour ».

La formule relève de la physique du ciel : selon Diogène Laërce, Héraclite voyait dans les astres des vasques où des exhalaisons brillantes s'enflamment, la flamme du soleil étant la plus vive. Le soleil serait ainsi un feu renouvelé chaque jour, non un astre immuable ; on rapproche cette formule de ses vues sur les fleuves.

Si tu possèdes un jardin et une bibliothèque, tu as tout ce qu'il te faut.
— Cicéron, 46 av. J.-C.

Dans un court billet à Varron, Cicéron parlait d'« un jardin dans ta bibliothèque ».

3 Réflexions

Cicéron, Lettres familières, IX, 4, à Varron

La phrase reprend librement un mot de Cicéron, dans un court billet écrit à Tusculum en juin 46 av. J.-C. Il y plaisante sur le « possible » et le « nécessaire » à propos d'une visite de Varron, puis écrit : si tu ne viens pas, nous accourrons ; « si tu as un jardin dans ta bibliothèque, rien ne manquera ». Leclerc traduisait : « si votre bibliothèque est accompagnée d'un jardin ». La maxime populaire en a fait deux biens distincts, un jardin et une bibliothèque.

Le « rien ne manquera » porte sur la visite. Ce que désigne ce jardin dans la bibliothèque reste incertain ; Shuckburgh, jugeant l'expression étrange, y voit un jardin où converser comme les philosophes de l'Académie. Sortie de son contexte, la phrase est devenue l'éloge d'une maison qui suffit à l'esprit.

vieux_carnet · 26 avr. 2016
Mon jardin tient sur un balcon et ma bibliothèque sur trois étagères, mais Cicéron a raison : il ne me manque rien.
Élise M. · 9 mai 2021
Je lis cette phrase à voix haute à chaque printemps, les mains encore pleines de terre. C'est devenu un petit rite.
M. Dubois · 1 déc. 2023
L'hiver, le jardin dort et la bibliothèque prend le relais. Les deux saisons d'une même paix.
La gratitude n'est pas seulement la plus grande des vertus : elle est la mère de toutes les autres.
— Cicéron, 54 av. J.-C.

Cicéron la prononce en 54 av. J.-C., au Forum, pour défendre Plancius, accusé de brigue.

2 Réflexions

Cicéron, Pour Plancius (Pro Plancio), 80

C'est un plaidoyer, non un traité de morale. Questeur en Macédoine, Plancius avait accueilli Cicéron exilé à Thessalonique ; l'accusateur, Laterensis, l'avait lui aussi aidé pendant cet exil. L'accusation reproche à l'avocat de grossir ce bienfait ; Cicéron répond que sa gratitude ne relève que de son propre jugement. Avant la phrase, il dit ne rien préférer à être reconnaissant et à le paraître.

Le latin dit mater, « mère » : les autres vertus naissent de la reconnaissance. Cicéron enchaîne : la piété filiale n'est que gratitude envers les parents, et les bons citoyens sont ceux qui se souviennent des bienfaits. Cette gratitude est publique autant qu'intime : elle doit se voir. Devant les juges, l'éloge sert la défense : proclamer sa reconnaissance envers Plancius, c'est pratiquer la mère des vertus.

lectrice_du_matin · 24 nov. 2020
Je tiens un carnet de gratitude depuis trois ans. Sans le savoir je suivais déjà Cicéron. Trois lignes chaque soir, et tout le reste s'éclaire.
L. Garnier · 3 oct. 2022
Remercier la chance ne coûte rien. Remercier quelqu'un coûte davantage : c'est reconnaître une dette, et l'humilité, la loyauté, la justice même en découlent.
Savoir ce que l'on sait et savoir ce que l'on ignore, voilà le véritable savoir.
— Confucius, vers 500 av. J.-C.

Selon les Entretiens, Confucius l'adresse à son disciple Zilu, courageux mais impétueux.

Confucius, Entretiens, livre II, 17, rapportés par ses disciples

Les Entretiens rassemblent des paroles attribuées à Confucius, recueillies selon la tradition par ses disciples. Le passage s'ouvre sur « Le Maître dit » et interpelle le disciple par son nom personnel, You (由) : « veux-tu que je t'enseigne ce qu'est savoir ? » Zhong You, dit Zilu, comptait parmi les disciples les plus fidèles ; les Entretiens le montrent brave et téméraire, peu enclin à l'étude mais prompt à l'action.

Le chinois se clôt simplement sur « c'est savoir » : tenir pour su ce que l'on sait, et pour ignoré ce que l'on ignore. À un homme prompt à agir, Confucius rappelle que l'honnêteté sur ses limites fait partie du savoir. La leçon ne célèbre pas l'ignorance ; elle demande de tracer franchement la ligne entre le connu et l'inconnu.

Apprendre sans réfléchir est peine perdue ; réfléchir sans apprendre est périlleux.
— Confucius, vers 500 av. J.-C.

Ailleurs dans les Entretiens, Confucius dit avoir pensé un jour et une nuit, sans profit.

2 Réflexions

Confucius, Entretiens, livre II, 15, rapportés par ses disciples

Les Entretiens rassemblent des paroles du Maître que ses disciples, selon la tradition, ont recueillies ; selon nombre de savants modernes, leur compilation s'est étendue sur quelque deux siècles. Cette parole tient en deux membres symétriques : en chinois, apprendre sans réfléchir mène à la confusion, réfléchir sans apprendre mène au danger. Dans une leçon à son disciple Zilu, Confucius avertit aussi que cultiver les vertus sans étude conduit à l'erreur.

La phrase ne place pas la pensée au-dessus du savoir appris. Après son jour sans manger et sa nuit sans dormir passés à penser, Confucius conclut qu'il vaut mieux apprendre ; et qui entretient l'ancien savoir pour en acquérir sans cesse de nouveau, dit-il, peut enseigner aux autres. La leçon est d'équilibre : l'étude nourrit la pensée, la pensée rend l'étude féconde.

Sofiane B. · 13 oct. 2018
Étudiant, je révisais sans jamais réfléchir. Confucius m'aurait grondé. Aujourd'hui je lis moins mais je pense beaucoup plus.
J. Mercier · 7 févr. 2026
Je l'ai affichée dans ma salle de classe, les deux dangers côte à côte. Mes collègues sourient en passant devant.
Le dur et le rigide sont compagnons de la mort ; le tendre et le faible, de la vie.
— Lao Tseu, vers 300 av. J.-C.

Le chapitre part d'un constat : l'homme naît tendre et faible, et meurt dur et raide.

Lao Tseu, Tao Te King, chapitre 76

Le Tao Te King est attribué par la tradition à Lao Tseu, dont l'existence historique reste débattue. Le chapitre 76 manque aux lamelles de Guodian, le plus ancien manuscrit ; il apparaît d'abord dans les manuscrits sur soie de Mawangdui, retrouvés dans une tombe datée de 168 av. J.-C. Le chapitre applique ensuite son constat à la guerre : l'armée qui se fie à sa force ne vainc pas, et l'arbre robuste attire le bûcheron.

Plus qu'un conseil de souplesse, le chapitre s'en prend à la confiance dans la force et la rigidité. Le dur et le fort occupent le bas, le tendre et le faible le haut. Ailleurs, le livre le dit sans image : le tendre vainc le dur, chacun le sait, mais nul ne parvient à le pratiquer.

Connaître les autres, c'est sagesse ; se connaître soi-même, c'est illumination.
— Lao Tseu, vers 300 av. J.-C.

Le chapitre continue : qui vainc autrui a de la force, qui se vainc soi-même est fort.

Lao Tseu, Tao Te King, chapitre 33

Le Tao Te King est attribué par la tradition à Lao Tseu, dont l'existence historique est discutée ; ses plus anciens fragments, les lamelles de Guodian, remontent aux environs de 300 av. J.-C. Le chapitre 33 poursuit : qui se contente de son sort est riche. Le commentaire imprimé avec le texte de Wang Bi juge que connaître autrui n'est qu'habileté, et que se connaître s'élève au-dessus.

Le mot rendu par « illumination », 明, désigne la clarté du regard, non un éveil au sens bouddhique. Les deux premières paires mettent le rapport à soi au-dessus du rapport aux autres : se vaincre vaut mieux que vaincre, se voir clairement mieux que connaître autrui. Le discernement tourné vers les autres reste habileté tant qu'il ne revient pas sur soi.

Étais-je un homme qui rêvait d'être un papillon, ou suis-je un papillon qui rêve à présent d'être un homme ?
— Tchouang-tseu, vers 325 av. J.-C.

Tchouang-tseu (Zhuang Zhou) s'éveille d'un rêve où, papillon, il ignorait être Zhou.

4 Réflexions

Tchouang-tseu, chapitre 2, « De l'égalité des choses », récit final

C'est le dernier récit du deuxième chapitre et le plus célèbre du livre ; les sept premiers chapitres passaient pour l'œuvre de Zhuang Zhou lui-même, actif dans la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C. Le chinois raconte à la troisième personne : il ne sait plus si Zhou a rêvé qu'il était papillon, ou si un papillon rêve qu'il est Zhou. Le « je » et « un homme » viennent de la traduction anglaise de Giles (1889).

Le récit ne tranche pas entre les deux rêveurs. Il se clôt ainsi : entre Zhou et le papillon, il doit pourtant y avoir une distinction ; c'est ce qu'on appelle la transformation des choses. L'opposition entre veille et rêve devient une fausse alternative de plus : les formes restent distinctes, mais l'une passe dans l'autre.

la_liseuse · 2 juin 2017
Je me suis réveillée ce matin sans savoir tout à fait où j'étais. Puis j'ai lu Tchouang-tseu et j'ai souri à mon propre vertige.
le_flâneur · 19 mars 2020
Enfant, je faisais exactement cette rêverie, le front contre la vitre. Content de voir qu'un sage chinois la faisait bien avant moi.
fenêtre_ouverte · 12 juil. 2023
Un papillon s'est posé sur le rebord de la fenêtre, un instant. Quel que soit son rêve, il ne semblait pas se demander lequel de nous deux était l'autre.
Margaux L. · 28 sept. 2023
Je ne sais jamais vraiment quoi répondre à cette question. Peut-être qu'il ne faut surtout pas y répondre.
Tout ce que nous sommes est le fruit de ce que nous avons pensé.
— Bouddha, vers 450 av. J.-C.

Le verset continue : qui parle ou agit d'un esprit mauvais, la souffrance le suit.

4 Réflexions

Dhammapada, verset 1, attribué au Bouddha ; version libre d'après Max Müller

Ce verset ouvre le Dhammapada, recueil que la tradition dit prononcé par le Bouddha. Cette phrase suit la traduction anglaise de Max Müller (1870), libre dès « tout ce que nous sommes » ; le pali dit autre chose : l'esprit précède les états mentaux, il en est le chef, ils sont faits par l'esprit. Puis vient l'image : la souffrance suit l'homme à l'esprit corrompu comme la roue le pied du bœuf.

Selon l'explication traditionnelle, cet « esprit » est l'intention : les actes voulus forment le kamma, qui suit la personne et porte ses fruits. Le verset est une parole morale sur la qualité de l'esprit et ses effets, non une description de l'esprit et de ses objets. La leçon est de responsabilité : ce que l'on veut en parlant et en agissant revient vers soi.

Thomas V. · 8 janv. 2016
Belle manière d'ouvrir une nouvelle année. Je vais surveiller mes pensées comme on surveille ce qu'on sème.
Aurélie P. · 30 juin 2018
J'ai arrêté de me répéter que j'étais maladroite. En quelques mois, mes mains ont suivi la consigne. Le Bouddha savait.
petite_lampe · 11 nov. 2021
Dur à tenir les jours de cafard, quand on ne choisit pas vraiment ses pensées. Mais au moins on peut choisir celles qu'on nourrit.
A. N’Diaye · 20 avr. 2024
Je médite dix minutes avant de vous lire. Cette phrase résume exactement ce que je viens y chercher chaque matin.
La haine ne s'apaise jamais par la haine ; elle ne s'apaise que par l'amour : telle est la loi éternelle.
— Bouddha, vers 450 av. J.-C.

Un commentaire bien plus tardif rattache ce verset à la querelle de deux épouses rivales.

2 Réflexions

Dhammapada, verset 5 (chapitre 1, « Les paires »), attribué au Bouddha

Le Dhammapada réunit des versets que la tradition attribue au Bouddha. Cette phrase est une version libre du verset 5 : le pali dit que les haines ne s'apaisent jamais par la haine, mais par la non-haine (averena), et que c'est là une loi éternelle ; « l'amour » vient de la traduction de Max Müller. Le verset précédent dit que la haine s'éteint chez qui ne ressasse pas les torts subis : injures, coups, défaite, vol.

Le commentaire attribué à Buddhaghosa, du IVe ou du Ve siècle apr. J.-C., lit dans le verset 5 une exhortation : ne pas rendre la haine pour la haine, mais la vaincre par la bienveillance, c'est-à-dire l'absence de haine. La riposte entretient la querelle ; seul le refus de rendre le coup peut l'éteindre.

Hélène B. · 5 févr. 2019
Je me suis réconciliée avec mon frère après douze ans de silence. C'est la tendresse qui a eu le dernier mot, pas la rancune.
Camille R. · 17 mai 2026
On devrait la graver au-dessus des portes d'école. Je la relis chaque fois que les nouvelles me durcissent le cœur.
Le voyage de mille lieues commence par un seul pas.
— Lao Tseu, vers 300 av. J.-C.

C'est la dernière des trois images du chapitre, après l'arbre et la tour de neuf étages.

5 Réflexions

Lao Tseu, Tao Te King, chapitre 64

Le Tao Te King est attribué par la tradition à Lao Tseu, mais son auteur et sa date restent débattus ; la phrase est souvent prêtée à tort à Confucius. Le chapitre 64 pose qu'il faut agir avant qu'une chose n'apparaisse, puis aligne ses images de grandes choses nées petites. Le chinois dit que le voyage de mille li commence « sous les pieds » ; « un seul pas » vient de la traduction anglaise de Legge. Les manuscrits sur soie portent ici une hauteur de cent ren.

Juste après, le chapitre met en garde : qui agit avec une arrière-pensée nuit, qui saisit une chose la perd. Tant qu'une chose est petite, on la règle aisément. La leçon tient à l'attention aux commencements, et à une action qui ne force ni ne s'agrippe.

lectrice_du_matin · 16 janv. 2016
Premier jour de ma résolution de marche. Mille pas aujourd'hui, c'est déjà un premier pas. Merci pour ce coup de pouce matinal.
Sofiane B. · 9 oct. 2017
J'ai commencé le piano à trente-cinq ans grâce à cette phrase. Une touche, puis une autre, puis une mesure.
Élise M. · 23 mars 2020
Confinée, je me suis dit qu'un pas chez moi valait mieux qu'aucun. J'ai traversé l'année comme ça, pièce après pièce.
vieux_carnet · 2 déc. 2022
À chaque convalescence, le premier pas dans le couloir est le plus long des voyages. Lao-tseu l'avait bien compris.
le_promeneur · 14 août 2025
Parti de chez moi à pied jusqu'à la mer cet été. Trois cents kilomètres, un pas à la fois. Je pensais à cette page à chaque aube.
Le bien suprême est comme l'eau, qui nourrit toutes choses sans jamais lutter.
— Lao Tseu, vers 300 av. J.-C.

La phrase se poursuit : l'eau séjourne dans les lieux bas que la foule déteste.

2 Réflexions

Lao Tseu, Tao Te King, chapitre 8

Le Tao Te King est attribué par la tradition à Lao Tseu, dont l'existence historique est discutée. Le chapitre 8 s'ouvre sur cette comparaison ; le verbe rendu par « nourrit », 利, signifie plutôt être utile, faire du bien. Par là, dit le texte, la voie de l'eau est proche du Tao. Le commentaire joint au texte de Wang Bi précise que les hommes détestent l'abaissement.

Le bien suprême ressemble à l'eau par deux traits liés : elle sert tous les êtres sans rien leur disputer, et elle accepte la place que chacun fuit. Ne pas lutter, c'est aussi l'humilité de qui ne réclame pas le premier rang. Le chapitre ajoute que celui qui ne conteste pas sa position basse n'encourt aucun reproche.

fenêtre_ouverte · 2 nov. 2018
Ce matin, de la rosée jusque sur les mauvaises herbes entre les pavés de la cour. Elle ne fait pas de tri, et c'est peut-être ça, nourrir toutes choses.
M. Dubois · 6 juin 2021
L'eau n'a aucun orgueil et pourtant elle finit par user la pierre. J'essaie d'apprendre sa patience, à défaut de sa force.
Par-delà les idées de bien et de mal, il existe un champ. C'est là que je te retrouverai.
— Rûmî, vers 1250

En persan, ce champ est une plaine située au-delà de l'incroyance et de l'islam.

3 Réflexions

Rûmî, Divan-e Shams, quatrain 157 ; version libre d'après Coleman Barks et John Moyne

Rûmî écrivit sans doute la plupart des poèmes du Divan-e Shams, nommé en l'honneur de son maître Shams de Tabriz, vers 1247 et dans les années suivantes. Ces lignes suivent l'adaptation anglaise de Coleman Barks et John Moyne ; Barks ne lisait pas le persan. Le bien et le mal, comme la rencontre promise, sont de lui. Le quatrain dit qu'au milieu de cette plaine « nous » avons une passion, et que le mystique qui y parvient incline la tête : là, il n'y a ni incroyance, ni islam, ni même de « là ».

L'image est soufie : le mystique passe au-delà de la croyance et de l'incroyance, et se prosterne. Les catégories qui rangent chacun d'un côté n'y ont plus cours ; ne demeurent que le désir et l'humilité.

Margaux L. · 12 févr. 2017
Nous avons lu ce vers le jour de notre mariage. Nous nous disputons encore, mais nous savons toujours où nous retrouver.
le_flâneur · 25 juil. 2020
Rûmî dessine un champ et d'un coup tout mon besoin d'avoir raison s'effondre. Quel soulagement, vraiment.
A. N’Diaye · 3 nov. 2024
Après une brouille au travail, j'ai proposé à un collègue qu'on se retrouve 'dans ce champ'. Il n'a pas saisi la référence, mais on a fait la paix quand même.
Le travail, c'est l'amour rendu visible.
— Khalil Gibran, 1923

Gibran met ces mots dans la bouche d'Almustafa, un prophète qui répond à un laboureur.

2 Réflexions

Khalil Gibran, Le Prophète, « Du travail »

Le Prophète fut écrit en anglais et publié à New York en 1923. Après douze ans dans la cité d'Orphalese, le prophète Almustafa voit arriver le navire qui doit le ramener chez lui. À un laboureur qui lui demande de parler du travail, il répond que le travail n'est pas une malédiction : travailler, c'est accomplir une part du rêve le plus lointain de la terre.

La phrase n'est pas un éloge de l'effort pour lui-même. Le prophète ajoute que qui ne travaille qu'avec dégoût ferait mieux de quitter son ouvrage, de s'asseoir à la porte du temple et de recevoir l'aumône de ceux qui travaillent avec joie ; le pain cuit avec indifférence n'apaise qu'à moitié la faim de l'homme. Ce qui compte est l'amour mis dans l'ouvrage.

J. Mercier · 1 mai 2018
Un 1er mai, forcément, cette phrase. Boulanger depuis trente ans, je crois enfin comprendre pourquoi je me lève à quatre heures du matin.
petite_lampe · 19 sept. 2023
Je l'ai recopiée pour une amie infirmière épuisée. Elle m'a dit qu'elle avait pleuré. Son travail, c'est tout son amour rendu visible.
Les arbres sont des poèmes que la terre écrit sur le ciel.
— Khalil Gibran, 1926

Gibran ajoute que nous les abattons pour en faire du papier où consigner notre vide.

4 Réflexions

Khalil Gibran, Sand and Foam, recueil d'aphorismes

Sand and Foam, sous-titré « A Book of Aphorisms », paraît chez Knopf en octobre 1926, quand Gibran publie surtout en anglais. Le livre s'ouvre sur le poète qui marche à jamais sur le rivage, entre le sable et l'écume. L'aphorisme se poursuit : « Nous les abattons et en faisons du papier pour y consigner notre vide. » Citée seule, la première phrase devient une version libre, privée de sa chute.

Tout tient dans cette chute : l'éloge des arbres se change en reproche. La terre écrit des poèmes vivants ; les hommes n'en tirent qu'un papier où inscrire leur vide. L'aphorisme suivant se tourne vers l'écriture : pour écrire, il faut du savoir, de l'art et de la magie. La leçon vise l'écrivain plus que le bûcheron : un livre creux coûte un poème.

Camille R. · 7 avr. 2016
Je ne regarderai plus jamais le platane de ma rue de la même façon. Merci Gibran.
Thomas V. · 20 oct. 2019
L'automne, les poèmes se relisent en jaune et en rouge. Mes préférés tombent toujours bien trop vite.
la_liseuse · 14 juin 2022
Allongée dans l'herbe avec ma fille, on a 'lu' les arbres tout l'après-midi. Elle a retrouvé l'image toute seule, sans que je lui dise.
Hélène B. · 2 mars 2026
Le vieux chêne du parc a été abattu cet hiver. Un poème de moins dans mon ciel. Je garde la phrase à l'endroit où il se tenait.
La beauté est l'éternité qui se contemple dans un miroir.
— Khalil Gibran, 1923

Gibran la fait dire au prophète Almustafa, en réponse à un poète qui l'interroge.

Khalil Gibran, The Prophet (Le Prophète), chapitre « On Beauty »

Gibran écrit The Prophet en anglais ; le livre paraît en septembre 1923. Almustafa, qui attend depuis douze ans à Orphalese le navire du retour, adresse ses discours à la foule. À un poète, il répond que ce qu'on disait de la beauté ne parlait que de besoins inassouvis, et qu'elle est une extase, non un besoin. Le texte se poursuit : « Mais vous êtes l'éternité et vous êtes le miroir. » Sans cette suite, la citation n'est qu'une version libre.

Cette phrase retourne l'image vers ceux qui écoutent : l'éternité et le miroir, ce sont eux. Le même chapitre le redit : la beauté est la vie dévoilant son visage sacré, « mais vous êtes la vie et vous êtes le voile ». Chercher la beauté au dehors revient à oublier qu'on la porte en soi.

Que la vie soit belle comme les fleurs de l'été, et la mort comme les feuilles de l'automne.
— Rabindranath Tagore, 1916

Le recueil qui la contient s'ouvre déjà sur l'été qui chante et l'automne qui soupire.

3 Réflexions

Rabindranath Tagore, Stray Birds, 82

Stray Birds, dédié à T. Hara de Yokohama, paraît chez Macmillan à New York en 1916 ; de mai 1916 à avril 1917, Tagore donne des conférences au Japon et aux États-Unis. Dès la première pensée, les oiseaux de l'été viennent chanter et s'envolent, les feuilles jaunes de l'automne, sans chansons, tombent avec un soupir. Deux pensées après ce vœu, Tagore revient à la mort : en elle, le multiple devient un.

Le vœu ne repousse pas la mort ; il lui demande la beauté de sa saison. Les feuilles d'automne tombent sans chanson, mais non sans beauté. Une version chinoise, citée comme de sa plume, ajoute l'éclat aux fleurs et la paix aux feuilles ; l'anglais de Tagore ne dit que « belle comme ». Bien vivre et bien finir relèvent ici d'un même art.

Aurélie P. · 15 août 2017
En plein été, entourée de dahlias, cette phrase a un goût de paix. Je la mets de côté pour l'autre saison, celle qui viendra bien.
vieux_carnet · 9 nov. 2020
On a enterré un ami sous les feuilles d'octobre. Tagore m'a aidé à trouver ce moment presque doux, malgré tout.
le_promeneur · 27 sept. 2024
J'aimerais partir comme une feuille, sans bruit, après avoir bien pris le soleil. Encore un peu d'été d'abord, s'il vous plaît.
Le papillon ne compte pas les mois mais les instants, et il a tout le temps qu'il lui faut.
— Rabindranath Tagore, 1928

Une forme plus ancienne, dans Lekhan, disait « les années » et non « les mois ».

1 Réflexion

Rabindranath Tagore, Fireflies

Fireflies paraît chez Macmillan en 1928. Selon la préface, ces pensées brèves sont nées en Chine et au Japon, où on lui demandait de les écrire de sa main sur des éventails et de la soie ; Tagore appelle ses fantaisies des lucioles, points de lumière vivante dans le noir. Lekhan, recueil bilingue dont la note anglaise est datée du 7 novembre 1926 en Hongrie, en donnait une forme bengalie : le papillon y comptait les instants, non les années.

Deux pensées plus haut, Tagore espère que ses mots légers danseront sur les vagues du temps quand ses œuvres pesantes auront sombré. Le papillon dit la même chose de la vie : une existence brève n'est pas pauvre si elle se mesure en instants. Le temps suffit à qui l'habite pleinement.

petite_lampe · 11 juil. 2022
J'ai arrêté de compter les semaines jusqu'aux vacances. Un bon café ce matin à la fenêtre, c'était déjà bien assez de temps.
Les arbres sont l'effort incessant de la terre pour parler au ciel qui l'écoute.
— Rabindranath Tagore, 1928

Tagore la publie en 1928, dans un recueil né de pensées écrites sur des éventails.

Rabindranath Tagore, Fireflies

Fireflies paraît chez Macmillan en 1928. Selon Tagore, ces pensées brèves sont nées en Chine et au Japon, où on lui demandait de les écrire de sa main sur des éventails et de la soie ; il appelle ses fantaisies des lucioles, points de lumière vivante dans le noir. Dans le recueil, la phrase est suivie d'une autre : le fardeau du moi s'allège quand on rit de soi.

Dans Stray Birds, déjà, les arbres, comme les désirs de la terre, se haussaient sur la pointe des pieds vers le ciel ; dans Lekhan, la terre mère montrait le ciel de ses vieux arbres. Ici, la terre parle et le ciel écoute : l'élan devient parole adressée. L'effort est sans fin, mais il n'est pas vain : il est entendu.

Le vieil étang — une grenouille y plonge, le bruit de l'eau.
— Matsuo Bashô, 1686

En 1686, il tient la place d'honneur d'un concours de poèmes sur les grenouilles.

3 Réflexions

Matsuo Bashô, Kawazu Awase (Le Concours des grenouilles), première manche, à gauche

Le haïku paraît d'abord dans Kawazu Awase, puis dans Haru no Hi. On ignore s'il fut composé lors du concours, tenu à l'ermitage de Bashô à Fukagawa, ou s'il l'a suscité. L'étang était sans doute celui de l'ermitage, où son disciple Sanpû gardait des poissons. Bashô proposa d'abord la fin seule ; Kikaku suggéra « Yamabuki ya » (corètes en fleur), Bashô retint « Furu ike ya ».

La poésie classique parlait rarement des grenouilles, et c'était pour leur chant. Bashô retient le saut et le bruit de l'eau, où l'on a vu « l'interpénétration de l'éternel et de l'éphémère ». Son disciple Shikô le vanta comme le poème où s'éveille le style de Bashô ; les lectures profondes et les légendes sont nées de cette célébrité. Un instant ordinaire, saisi avec exactitude, suffit à faire un poème.

le_flâneur · 4 mai 2019
Trois lignes et tout un étang tient dans ma tête. J'ai passé la journée à écouter les petits bruits autour de moi, plouf compris.
fenêtre_ouverte · 9 juin 2021
Pas un orage, pas une cloche : une grenouille. Le plus petit événement de la journée, et Bashô s'en contente.
Élise M. · 22 janv. 2025
Je relis ce haïku chaque fois que mon esprit s'agite trop. Plouf. Et le silence revient, un peu plus grand qu'avant.
Chaque jour est un voyage, et le voyage lui-même est la demeure.
— Matsuo Bashô, vers 1694

Bashô le dit des bateliers et des meneurs de chevaux, avant de se tourner vers lui-même.

4 Réflexions

Matsuo Bashô, Oku no Hosomichi, premier paragraphe, d'après Sam Hamill

Le passage ouvre Oku no Hosomichi, récit du voyage que Bashô fit en 1689 ; il en retravailla le texte jusqu'en 1694, et le livre parut en 1702. Le texte français est une version libre, faite sur l'anglais de Sam Hamill : chez Bashô, ceux pour qui chaque jour est un voyage et le voyage une demeure sont les bateliers et ceux qui vieillissent en menant des chevaux.

La première phrase, empruntée à Li Bai, fait du temps un voyageur de cent générations. Bashô rappelle ensuite que bien des anciens, poètes qu'il vénérait, sont morts en chemin, et que le nuage poussé par le vent l'invite depuis longtemps à errer. Il se reconnaît dans ces vies de passage. Pour qui accepte que tout passe, le chemin tient lieu de foyer.

lectrice_du_matin · 29 févr. 2016
Un 29 février, un jour en rab : un petit bout de voyage en plus. Je garde cette phrase pour les matins où je n'ai envie d'aller nulle part.
M. Dubois · 18 juin 2018
Vieux cheminot à la retraite, j'ai fait de la route toute ma vie. Bashô me dit que j'étais déjà chez moi tout du long. Ça me réconforte.
Sofiane B. · 5 oct. 2021
Mon travail m'éloigne souvent de la maison. Je relis ceci dans les gares et les salles d'embarquement, et je me sens aussitôt moins loin.
Margaux L. · 13 déc. 2025
Bientôt dix ans que je voyage avec vous au réveil. Chaque jour un petit départ, et pourtant je ne quitte jamais vraiment la maison.
Étudier le soi, c'est s'oublier soi-même.
— Dôgen, 1233

Dôgen l'écrit à la mi-automne 1233 pour Yô Kôshû, un disciple laïc du Kyûshû.

Dôgen, Shôbôgenzô, « Genjôkôan » (premier fascicule)

Le Genjôkôan est une lettre : selon le colophon, Dôgen la remit à ce disciple. Il le plaça en tête du Shôbôgenzô, comme une préface destinée à guider les débutants. La phrase est le deuxième maillon d'une chaîne : étudier la Voie du Bouddha, c'est s'étudier soi-même ; s'étudier soi-même, c'est s'oublier ; s'oublier, c'est être attesté par les dix mille dharmas.

Le verbe, narau, désigne moins l'étude des livres qu'une pratique répétée, jusqu'à imprégner le corps et l'esprit. S'oublier n'est ni se négliger ni s'anéantir : la chaîne aboutit à laisser tomber le corps et l'esprit, les siens comme ceux d'autrui. Un chercheur moderne y lit l'unité du soi avec les autres et le monde. Qui cesse de se tenir au centre se découvre relié à tout.

Dans l'esprit du débutant, les possibilités sont nombreuses ; dans celui de l'expert, elles sont rares.
— Shunryu Suzuki, 1970

La phrase ouvre le prologue de Zen Mind, Beginner's Mind, livre tiré de ses causeries.

5 Réflexions

Shunryu Suzuki, Zen Mind, Beginner's Mind, prologue

Le livre, paru en 1970, rassemble des causeries enregistrées par une élève, Marian Derby ; Trudy Dixon et Richard Baker les ont choisies et établies, en revoyant leurs corrections avec Suzuki. Le prologue reprend une causerie de Los Altos, le 11 novembre 1965, où la pensée se disait autrement. Suzuki y explique le mot japonais shoshin, « esprit du débutant », et dit que le garder toujours est le but de la pratique.

L'esprit du débutant n'est pas fermé, mais vide et prêt, ouvert à tout ; qui distingue trop se limite. Ce n'est pas un éloge de l'ignorance : Suzuki veut qu'on lise même les textes zen avec un esprit neuf. Le livre a fait connaître hors du Japon cette notion de shoshin, contrepoids à l'orgueil de qui se tient pour expert.

Thomas V. · 21 mars 2016
Je débute la méditation et je m'inquiétais déjà de 'mal faire'. Suzuki me rassure : le débutant voit large. Je garde mon regard neuf précieusement.
A. N’Diaye · 8 sept. 2018
Après vingt ans de métier, j'ai oublié combien de possibles je voyais à mes débuts. Cette phrase m'en rend un peu, de cette jeunesse-là.
la_liseuse · 2 févr. 2021
Mon fils apprend à lire. Chaque mot est une expédition pour lui. J'envie sincèrement son esprit de débutant.
Aurélie P. · 17 juin 2023
L'expert en sait trop. À l'atelier, j'essaie de retrouver les mains maladroites et curieuses de mes premières pièces.
Hélène B. · 30 oct. 2025
Dix ans que je vous lis, et je m'efforce de rester débutante devant chaque page. C'est sans doute le plus beau cadeau de ce blog.
Contemplant la lune à minuit, solitaire au milieu du ciel, je me suis connue tout entière, sans qu'il en manquât rien.
— Izumi Shikibu, vers 1000

Selon la notice, deux hommes s'étaient croisés chez elle, puis étaient partis tous deux.

4 Réflexions

Izumi Shikibu, Gyokuyôshû, n° 1476, version libre d'après Jane Hirshfield

Izumi Shikibu est une poétesse de la cour de Heian ; le Gyokuyôshû, qui conserve le waka, fut présenté à la cour en 1312. Le texte français suit la version anglaise de Jane Hirshfield, d'où vient « minuit » ; le waka voit la lune encore au ciel à l'aube. Ses jeux de mots se perdent : « mi-ciel » dit aussi « entre deux », et « sans ombre restante », la clarté de la lune comme une connaissance entière.

Lu simplement, le waka dit que, laissée seule et dans l'entre-deux, elle a vu la lune de l'aube et mesuré pleinement la misère de son sort : c'est un poème d'amour. La connaissance de soi complète vient de Hirshfield ; un commentaire répandu lit son « minuit » comme la profondeur du grand Vide. Chez la poétesse, la lucidité naît d'une déconvenue.

lectrice_du_matin · 7 avr. 2016
Je suis tombée sur ce vers hier soir, justement en regardant la lune depuis la fenêtre de la cuisine. Cette idée de se connaître tout entière, « sans qu'il en manquât rien », m'a serré le cœur. Merci pour ce début de journée.
le_flâneur · 15 janv. 2019
Shikibu écrivait il y a mille ans et c'est pourtant exactement ce que l'on ressent à deux heures du matin quand la maison dort. La solitude de minuit n'est pas toujours triste.
fenêtre_ouverte · 6 févr. 2020
Nuit de gel, la lune seule au-dessus des toits, rien d'autre dans tout le ciel. C'est peut-être ce vide alentour qui laisse enfin voir qu'il ne manque rien au-dedans.
lectrice_du_matin · 3 nov. 2022
Je reviens sur ce poème de temps en temps. Depuis que je le lis, j'ai pris l'habitude de sortir sur le balcon une minute avant de dormir. Ça change tout.
Les fleurs se sont fanées, leur éclat s'est effacé, tandis que vainement je passais mes jours en ce monde, et que tombaient les longues pluies.
— Ono no Komachi, vers 850 apr. J.-C.

Les fleurs sont celles du cerisier, et leur couleur dit aussi l'éclat de la poétesse.

2 Réflexions

Ono no Komachi, Kokinshû, Printemps II, 113 ; Hyakunin isshu, 9 ; d'après Donald Keene

Ono no Komachi, poétesse de cour du IXe siècle, compte parmi les Six Génies de la poésie ; ses dates sont inconnues. Le Kokinshû range ce waka au second livre du printemps ; il est aussi le neuvième du Hyakunin isshu. Tout y repose sur des mots doubles : furu signifie passer le temps et tomber, pour la pluie ; nagame, la rêverie absorbée et les longues pluies ; yo, le monde, évoque aussi les amours.

La traduction de Donald Keene, que suit le texte français, ne rend nagame que par « longues pluies » et perd la rêverie. Le poème dit les deux à la fois : tandis que la pluie tombait et qu'elle s'abîmait en pensées, les fleurs ont passé, et son éclat avec elles. La fin d'un printemps devient le bilan d'une vie.

Aurélie P. · 12 juin 2017
Les longues pluies de Komachi… je les ai lues un jour d'orage, enfermée, et j'ai eu l'impression qu'elle décrivait ma vingtaine. On laisse filer les jours en croyant qu'ils reviendront.
M. Dubois · 28 oct. 2023
Ce qui me bouleverse, c'est le « vainement ». Elle ne dit pas qu'elle a souffert, seulement qu'elle a regardé passer. À mon âge je la comprends mieux qu'à vingt ans.
L'imagination est plus importante que le savoir.
— Albert Einstein, 1929

En 1929, un journaliste lui demande s'il se fie plus à son imagination qu'à son savoir.

4 Réflexions

Albert Einstein, entretien avec Viereck, The Saturday Evening Post, 26 octobre 1929, p. 117

L'entretien, « What Life Means to Einstein », parut dans The Saturday Evening Post le 26 octobre 1929 ; George Sylvester Viereck, poète et journaliste américain devenu propagandiste pro-allemand, interrogea aussi Foch, Shaw ou Freud. Einstein y dit croire aux intuitions : quand deux expéditions partirent vérifier la relativité, il était convaincu qu'elles lui donneraient raison. Selon le texte de Viereck, il répond qu'il est assez artiste pour puiser librement dans son imagination.

La réponse continue : le savoir est limité, l'imagination embrasse le monde. Ce n'est pas un mépris de l'étude : Einstein décrit l'intuition qui guidait sa physique avant l'épreuve des faits, et une version reprise dans Cosmic Religion fait de l'imagination « un véritable facteur de la recherche scientifique ». Le savoir dit ce qui est établi ; l'imagination devine ce qui reste à vérifier.

Thomas V. · 9 sept. 2016
Je suis prof de collège et j'ai collé cette phrase au-dessus du tableau. Il y a les élèves qui récitent sans comprendre, et puis ceux qui inventent. Einstein avait raison.
petite_lampe · 22 mars 2018
J'aime, mais je crois qu'il faut les deux. L'imagination sans un peu de savoir tourne à vide. Peut-être qu'il voulait surtout dire : ne vous arrêtez pas au savoir.
Thomas V. · 4 févr. 2021
@petite_lampe je vous donne raison aujourd'hui. Cinq ans que j'enseigne cette idée et je la nuance comme vous : l'imagination pousse sur le terreau de ce qu'on sait déjà.
Camille R. · 17 déc. 2025
Ma fille de six ans a inventé un pays entier hier soir avec ses crayons. En relisant Einstein ce matin je me suis dit qu'on désapprend tous cette liberté-là. Il faut la protéger.
La vie, c'est comme une bicyclette : pour garder l'équilibre, il faut continuer d'avancer.
— Albert Einstein, 1930
5 Réflexions
le_promeneur · 20 mai 2016
Simple et vrai. J'ai repris le vélo à cinquante ans et c'est exactement ça : dès qu'on hésite, on tombe.
J. Mercier · 11 oct. 2017
Je traverse une période difficile au travail et cette phrase m'a aidé ce matin. Continuer d'avancer, même doucement. Merci.
Hélène B. · 6 juin 2019
Mon grand-père me disait la même chose autrement : « ce qui roule ne rouille pas ». Drôle de les voir d'accord, Einstein et lui.
le_promeneur · 30 juil. 2022
Je repense à mon commentaire d'il y a quelques années. Toujours à vélo, un peu plus lent, mais toujours en mouvement. La phrase tient bon.
la_liseuse · 2 janv. 2026
Bientôt dix ans que je passe ici le matin, et c'est toujours ce vélo qui me remet en selle les jours gris. Merci de tenir ce lieu si longtemps.
Si j'ai vu plus loin, c'est en me tenant sur les épaules de géants.
— Isaac Newton, 1676
2 Réflexions
Sofiane B. · 14 nov. 2018
En thèse, cette phrase est un soulagement. On n'a pas à tout inventer seul ; on ajoute une pierre. Les géants ont porté avant nous.
M. Dubois · 9 avr. 2024
On oublie souvent que Newton disait cela un peu par piété et un peu, dit-on, par ironie envers Hooke. Mais la phrase a dépassé la querelle. C'est ça, la grandeur involontaire.
Je n'ai été qu'un enfant jouant au bord de la mer, tandis que le vaste océan de la vérité s'étendait devant moi, tout inexploré.
— Isaac Newton, vers 1727
3 Réflexions
petite_lampe · 3 mars 2017
Que l'homme qui avait presque tout compris de son siècle se soit vu comme un enfant ramassant des galets… voilà une leçon d'humilité pour la journée.
le_flâneur · 18 août 2020
J'emmène mes enfants au bord de la mer chaque été et ils passent des heures à chercher des coquillages. Je comprends enfin Newton : c'est peut-être le plus beau des savoirs.
A. N’Diaye · 7 févr. 2025
Je garde cette image pour les jours où je me décourage de ne pas tout savoir. L'océan devant, et moi sur le sable. C'est déjà beaucoup d'y être.
Je suis de ceux qui pensent que la science a une grande beauté.
— Marie Curie, 1933
4 Réflexions
Élise M. · 25 oct. 2016
Je suis chercheuse en biologie et on nous demande sans cesse à quoi « ça sert ». Curie répond autrement : c'est beau. Il faut parfois oser le dire tout haut.
lectrice_du_matin · 1 déc. 2019
« Un savant dans son laboratoire n'est pas seulement un technicien : c'est aussi un enfant placé devant des phénomènes qui l'impressionnent comme des contes de fées. » C'est la suite de la citation, je crois, et elle est magnifique.
Élise M. · 16 mai 2021
@lectrice_du_matin oui, c'est bien la phrase complète, merci de l'avoir ajoutée. Je l'ai imprimée pour mon bureau au labo.
Sofiane B. · 12 juin 2026
Dix ans après avoir commencé ma thèse, je reviens à Curie quand la fatigue gagne. La beauté du vrai, ça ne se périme pas.
Un savant dans son laboratoire n'est pas qu'un technicien : c'est aussi un enfant placé devant des phénomènes naturels qui l'impressionnent comme des contes de fées.
— Marie Curie, 1933
À partir d'un commencement aussi simple, des formes sans fin, les plus belles et les plus merveilleuses, ont évolué et continuent d'évoluer.
— Charles Darwin, 1859
3 Réflexions
le_promeneur · 4 avr. 2018
La dernière phrase de L'Origine des espèces. Je la relis chaque printemps quand le jardin repart. « À partir d'un commencement aussi simple »… et voilà les merles, les orties, nous.
fenêtre_ouverte · 10 juil. 2022
Personne n'a dessiné la mare ; les joncs, les libellules, la vase tiède s'y sont arrangés seuls. Un jardin tient à force de soins ; cela, non, et c'en est presque vexant.
Margaux L. · 21 sept. 2023
Je l'ai apprise par cœur au lycée pour un exposé et elle ne m'a jamais quittée. Vingt ans plus tard elle me bouleverse encore davantage.
L'homme qui ose gaspiller une heure de son temps n'a pas découvert la valeur de la vie.
— Charles Darwin, 1836
Le premier principe, c'est qu'il ne faut pas se duper soi-même — et l'on est la personne la plus facile à duper.
— Richard Feynman, 1974
3 Réflexions
J. Mercier · 8 févr. 2017
À afficher dans tous les bureaux. On se construit si facilement l'histoire qui nous arrange. Feynman le dit sans détour.
Camille R. · 13 juin 2020
Je m'en sers aussi en dehors de la science, dans ma vie de couple honnêtement. Se demander « est-ce que je me raconte des choses ? », ça désamorce bien des disputes.
Thomas V. · 19 nov. 2024
Je le lis à mes élèves avant chaque dissertation. Le plus dur n'est pas de convaincre les autres, c'est de ne pas se mentir à soi-même. Ils mettent des années à le saisir.
J'ai appris très tôt la différence entre connaître le nom d'une chose et connaître cette chose.
— Richard Feynman, 1988
2 Réflexions
vieux_carnet · 10 mai 2022
Mon père connaissait le nom de tous les oiseaux et n'en regardait jamais aucun. Moi j'en connais trois et je les écoute des heures. Feynman a mis des mots sur cette différence.
L. Garnier · 3 avr. 2025
Trouver le nom d'une chose m'a souvent donné l'illusion de l'avoir comprise. Le nom vient vite ; la chose, bien plus tard.
La nature n'emploie que les fils les plus longs pour tisser ses motifs, si bien que le moindre fragment de son étoffe révèle l'organisation de la tapisserie tout entière.
— Richard Feynman, 1964
Nous sommes faits de poussière d'étoiles.
— Carl Sagan, 1973
5 Réflexions
petite_lampe · 2 juin 2016
Je découvre ce blog et je commence par Sagan, quel cadeau. « Nous sommes faits de poussière d'étoiles. » Dit comme ça, on se sent moins seul et plus grand à la fois.
le_flâneur · 27 janv. 2018
Je l'ai dit à mon fils de huit ans hier soir et il a répondu « alors je brille ? ». Je n'ai rien trouvé de mieux que oui.
Aurélie P. · 15 sept. 2020
Et en plus c'est scientifiquement vrai : le fer de notre sang vient d'étoiles mortes. Que ce soit à la fois exact et poétique, c'est rare.
petite_lampe · 4 avr. 2023
Je reviens à ce vers après un deuil cette année. L'idée que rien ne se perd vraiment, que tout retourne aux étoiles, m'a beaucoup aidée. Merci à ce coin de lecture.
A. N’Diaye · 9 nov. 2025
Sagan veille sur ce blog depuis ses débuts et il n'a pas pris une ride. À relire chaque fois qu'on se croit petit.
Pour de petites créatures comme nous, l'immensité n'est supportable que par l'amour.
— Carl Sagan, 1985
4 Réflexions
Hélène B. · 6 juin 2017
C'est la phrase que j'ai fait lire à mon mariage. L'immensité, et au milieu, deux personnes qui se tiennent la main. Rien de plus juste.
M. Dubois · 23 mars 2019
Sagan savait parler aux cœurs autant qu'aux esprits. Face au vide, il ne nous tend pas une équation mais la tendresse. C'est pour ça qu'on le relit.
Hélène B. · 19 oct. 2022
Je reviens ici cinq ans après mon premier commentaire. On a perdu un proche entre-temps, et cette phrase de Sagan est redevenue vraie autrement. L'amour rend le vide supportable.
Sofiane B. · 3 févr. 2025
Je la garde pour les nuits où le ciel est trop grand. « Pour de petites créatures comme nous »… l'humilité et la consolation dans la même phrase.
Le cosmos est en nous. Nous sommes un moyen pour le cosmos de se connaître lui-même.
— Carl Sagan, 1980
3 Réflexions
Thomas V. · 29 sept. 2018
Je l'ai lue à voix haute en cours et un élève a dit : « donc quand je regarde les étoiles, c'est l'univers qui se regarde ». Je n'ai rien ajouté.
la_liseuse · 7 mai 2021
Vertigineux. On passe sa vie à chercher un sens « là-haut » et Sagan nous rappelle qu'on le porte en soi. Je relis ça lentement, deux fois.
le_promeneur · 14 déc. 2024
C'est peut-être la plus belle définition de la conscience que je connaisse. Nous ne sommes pas dans le cosmos, nous en sommes la part qui s'étonne.
La machine analytique tisse des motifs algébriques, tout comme le métier Jacquard tisse des fleurs et des feuilles.
— Ada Lovelace, 1843
L'imagination est la faculté qui découvre ; elle pénètre les mondes invisibles qui nous entourent, les mondes de la science.
— Ada Lovelace, 1841
2 Réflexions
Élise M. · 11 mars 2019
On range Lovelace dans « la première programmeuse » et on oublie qu'elle était une poétesse de la science. Cette phrase le prouve : l'imagination comme instrument, pas comme fuite.
Margaux L. · 22 janv. 2026
Je fais découvrir Ada Lovelace à mes étudiantes en informatique chaque année. Cette citation ouvre toujours le cours. Merci de l'avoir choisie.
Le fer se rouille faute de servir ; de même l'inaction épuise la vigueur de l'esprit.
— Léonard de Vinci
3 Réflexions
J. Mercier · 17 nov. 2016
Vrai pour les muscles, vrai pour la tête. Depuis la retraite je m'oblige à apprendre une chose nouvelle par semaine. Léonard serait d'accord, j'espère.
vieux_carnet · 5 févr. 2020
« Le fer se rouille faute de servir »… je me le répète les matins où je n'ai envie de rien. Se lever, bouger, penser. L'inertie est le vrai danger.
Aurélie P. · 30 juin 2023
Je l'ai noté dans mon carnet. Après une longue maladie j'ai redémarré doucement, et c'est exactement ça : le mouvement appelle le mouvement.
La philosophie est écrite dans cet immense livre qu'est l'univers, continuellement ouvert sous nos yeux.
— Galilée, 1623
2 Réflexions
L. Garnier · 26 août 2017
Un livre qu'aucune vie ne suffira à finir, et Galilée en parle comme d'une chance, pas comme d'un regret.
M. Dubois · 9 avr. 2021
« Écrit en langue mathématique », ajoutait-il. L'idée que l'univers est un livre ouvert qu'il suffit d'apprendre à lire, je la trouve plus encourageante que mille leçons.
Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs.
— William Shakespeare, vers 1599
4 Réflexions
Camille R. · 8 juil. 2016
Les sept âges qui suivent ce vers sont parmi les plus beaux du théâtre. On entre, on joue, on sort. Étrangement, ça console.
le_flâneur · 2 févr. 2017
J'ai joué Jaques au lycée et je n'avais rien compris. Vingt ans après je récite la tirade à voix basse dans le métro. Les mots attendent qu'on grandisse.
la_liseuse · 21 oct. 2020
Ce qui me touche, c'est « merely ». De simples acteurs. Il y a de l'humilité et un peu de vertige là-dedans. Qui a écrit la pièce, alors ?
Camille R. · 6 nov. 2024
@le_flâneur votre histoire de métro m'a fait sourire. Moi je relis cette scène chaque automne. Les rôles changent, le théâtre reste.
Sois fidèle à toi-même.
— William Shakespeare, vers 1600
2 Réflexions
petite_lampe · 15 mai 2019
Ça me ravit que ce soit Polonius qui le dise, un vieux bavard pas toujours sincère. Shakespeare met la sagesse dans la bouche la moins sage. Génie.
A. N’Diaye · 28 août 2025
Peu importe qui le prononce, la phrase m'a guidé plus d'une fois. Être fidèle à soi, c'est le travail de toute une vie, pas une humeur du matin.
Il n'est charme qui vaille la tendresse du cœur.
— Jane Austen, 1815
3 Réflexions
Margaux L. · 3 mars 2018
Austen qu'on croit toute en ironie, et puis elle écrit cela. La tendresse au-dessus de l'esprit. À vingt ans je préférais l'esprit ; plus maintenant.
Hélène B. · 11 déc. 2022
Venant d'Emma, cela me touche. Toute sa maladresse vient d'un cœur qui apprend la tendresse trop tard. Austen pardonne à ses personnages : c'est ça, sa douceur.
lectrice_du_matin · 4 avr. 2026
Après toutes ces années à vous lire chaque matin, c'est cette phrase que je garderais s'il n'en restait qu'une. La tendresse. Rien ne vieillit mieux.
La beauté sauvera le monde.
— Fiodor Dostoïevski, 1868
2 Réflexions
Sofiane B. · 19 juin 2017
Phrase magnifique et mystérieuse. Dostoïevski ne l'explique jamais vraiment. Peut-être qu'elle ne se comprend pas : elle se ressent, devant un visage ou un tableau.
Élise M. · 2 avr. 2023
Je l'ai comprise le jour où, épuisée, je me suis arrêtée sans raison devant un cerisier en fleurs. Dix minutes. J'étais sauvée pour la journée. C'est peut-être cela qu'il voulait dire.
Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse est malheureuse à sa manière.
— Léon Tolstoï, 1875
6 Réflexions
M. Dubois · 14 oct. 2016
La plus célèbre première phrase de la littérature, et elle contient déjà tout le roman qui suit. Dire autant en si peu, c'est le sommet de l'art.
Aurélie P. · 7 mars 2018
Je ne suis pas sûre d'être d'accord. Les familles heureuses sont peut-être aussi variées, on les regarde juste moins. Mais quelle ouverture pour Anna Karénine.
J. Mercier · 23 juin 2020
@Aurélie P. jolie objection. Je crois que Tolstoï parle surtout de nos récits : le malheur, on le raconte en détail ; le bonheur, on le vit sans l'analyser.
Margaux L. · 19 nov. 2022
À chaque repas de famille compliqué, cette phrase me revient. On se croit seul dans son genre de désordre. On l'est, justement, et c'est presque rassurant.
M. Dubois · 8 févr. 2025
Je relis Karénine tous les cinq ou six ans et la première phrase change de sens à chaque fois. En vieillissant je trouve les familles heureuses de plus en plus intéressantes.
fenêtre_ouverte · 20 mai 2025
On croit son bonheur unique : cette table, cette lampe, ce soir précis. Tolstoï dit le contraire, et en repensant à mes soirées heureuses, j'ai du mal à lui donner tort.
Savoir ne suffit pas, il faut appliquer ; vouloir ne suffit pas, il faut agir.
— Johann Wolfgang von Goethe, 1829
On ne saurait bien penser, bien aimer, bien dormir, si l'on n'a pas bien dîné.
— Virginia Woolf, 1929
Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles.
— Oscar Wilde, 1892
3 Réflexions
le_flâneur · 13 janv. 2019
Wilde, qui sait rire de tout, glisse ici quelque chose de grave et de tendre. Le caniveau pour tout le monde, mais le regard, lui, nous appartient.
petite_lampe · 9 mai 2021
Lue dans une période sans moral, elle m'a relevé la tête, littéralement. Depuis je lève les yeux plus souvent en marchant.
le_promeneur · 20 oct. 2026
Des années maintenant que je commence mes journées par une citation d'ici, et celle-ci reste ma préférée. On choisit où poser son regard. Merci pour ce rituel.
Être grand, c'est être incompris.
— Ralph Waldo Emerson, 1841
1 Réflexion
Thomas V. · 21 sept. 2023
À manier avec prudence devant des ados : tous les incompris ne sont pas des génies ! Mais Emerson a raison sur un point, la nouveauté dérange toujours d'abord.
Rien de grand ne s'est jamais accompli sans enthousiasme.
— Ralph Waldo Emerson, 1841
Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.
— Henry David Thoreau, 1854
1 Réflexion
la_liseuse · 3 sept. 2025
« Vivre délibérément »… c'est l'expression que je cherchais depuis des mois. Non pas fuir dans les bois, mais choisir ses journées au lieu de les subir. J'ai relu Walden cet été.
Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent seulement de nous voir, ne serait-ce qu'une fois, beaux et courageux.
— Rainer Maria Rilke, 1904
3 Réflexions
lectrice_du_matin · 7 mars 2016
Je relis cette phrase de Rilke chaque fois que j'ai peur de quelque chose. L'idée que ce qui nous terrifie attend peut-être simplement notre courage, cela change tout le poids d'une journée.
Thomas V. · 12 nov. 2019
J'ai repensé à ce passage le jour où j'ai enfin osé défendre un projet qui me tenait à cœur devant mon directeur. Le dragon n'a pas bronché, mais moi si.
Hélène B. · 4 oct. 2023
Les Lettres à un jeune poète ne quittent pas ma table de chevet. Merci de l'avoir choisie un jour d'octobre, elle tombait juste.
L'espoir est cette chose à plumes qui se perche dans l'âme.
— Emily Dickinson, vers 1862
6 Réflexions
Camille R. · 9 févr. 2016
L'espérance avec des plumes… Emily Dickinson trouve toujours l'image qu'on n'attendait pas. Plus loin dans le poème elle dit que l'oiseau se perche et ne réclame jamais une miette. Je trouve ça bouleversant.
petite_lampe · 18 juin 2017
Je l'ai recopiée pour ma sœur qui traversait une période difficile. Elle l'a aimantée sur son frigo. Petit oiseau têtu.
Sofiane B. · 23 mars 2020
Drôle de jour pour lire ça : tout est fermé dehors, et pourtant la petite chose à plumes chante encore un peu dans la poitrine. Merci pour la citation du matin.
Margaux L. · 5 sept. 2022
Je découvre Dickinson grâce à vous et j'ai commandé un recueil bilingue dans la foulée. Quelle économie de mots pour tant d'air.
la_liseuse · 30 déc. 2025
Je reviens sur ce poème à chaque fin d'année. Faire le bilan et sentir malgré tout cette petite chose à plumes qui n'a pas lâché. Belle et douce année à toutes et tous ici.
fenêtre_ouverte · 8 mars 2026
Un merle chante depuis le platane encore nu, avant la moindre feuille. Aucune raison à cela, et c'est bien l'idée : l'espoir n'attend pas que tout soit prêt pour chanter.
J'habite le Possible.
— Emily Dickinson, vers 1862
J'existe tel que je suis, cela suffit.
— Walt Whitman, 1855
2 Réflexions
Aurélie P. · 14 avr. 2018
« J'existe tel que je suis, cela suffit. » Je me répète cette phrase les matins où je me compare trop aux autres. Whitman me réconcilie avec moi-même en quelques mots.
fenêtre_ouverte · 30 mai 2026
Une phrase qui ne demande rien. Elle m'a tenu compagnie toute la matinée, comme un air qu'on fredonne sans y penser.
Le voyage est fatal aux préjugés, à l'intolérance et à l'étroitesse d'esprit.
— Mark Twain, 1869
3 Réflexions
le_flâneur · 2 mai 2017
Twain avait raison. Trois semaines dans un pays dont je ne parlais pas la langue m'ont appris plus sur mes propres préjugés que dix ans passés chez moi.
L. Garnier · 22 sept. 2019
Le plus instructif, c'est le retour : quelques jours durant, nos propres habitudes nous semblent étrangères. Puis ça passe, et c'est dommage.
J. Mercier · 19 oct. 2021
Je garde cette phrase près de mon passeport. Voyager n'efface pas tout, mais ça fissure les certitudes, et c'est déjà beaucoup.
Le monde brise chacun, et beaucoup, ensuite, sont forts aux endroits brisés.
— Ernest Hemingway, 1929
4 Réflexions
vieux_carnet · 11 janv. 2017
« Forts aux endroits brisés. » J'ai longtemps détesté cette idée, comme une consolation trop facile. Avec l'âge, je la crois un peu plus chaque année.
Élise M. · 28 août 2019
Après la perte de mon père, c'est la seule phrase qui ne sonnait pas faux. Hemingway ne promet pas qu'on guérit, il dit juste qu'on peut devenir solide là où ça a cédé.
Thomas V. · 6 févr. 2022
Élise, votre commentaire m'a serré le cœur. Je le lis longtemps après, et il résonne toujours autant.
le_promeneur · 15 nov. 2024
Je reviens souvent à ce passage de L'Adieu aux armes. La fêlure comme lieu de force, pas comme défaite. C'est une idée qui demande du temps pour mûrir.
Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres.
— Marcel Proust, 1923
L'éducation est l'arme la plus puissante que nous puissions utiliser pour changer le monde.
— Nelson Mandela, 2003
4 Réflexions
A. N’Diaye · 21 sept. 2016
Enseignant depuis quinze ans, je colle cette phrase de Mandela au-dessus de mon tableau à chaque rentrée. Les élèves finissent par la connaître par cœur.
Camille R. · 3 mai 2018
Mon arme la plus puissante, et pourtant la plus menacée en ce moment. Merci de la rappeler.
petite_lampe · 12 juin 2021
Je reprends mes études à trente-quatre ans. Cette citation est tombée le bon jour, vraiment.
A. N’Diaye · 1 sept. 2023
Nouvelle rentrée, même phrase au tableau. petite_lampe, j'espère que vos études avancent bien.
Les faibles ne peuvent jamais pardonner. Le pardon est l'apanage des forts.
— Mahatma Gandhi, 1931
3 Réflexions
Margaux L. · 17 mars 2019
Pardonner comme signe de force et non de faiblesse : cela renverse tout ce qu'on m'a appris enfant. J'y réfléchis depuis ce matin.
M. Dubois · 8 déc. 2022
J'ai mis des années à pardonner à quelqu'un de ma famille. Gandhi a raison : ce n'est pas de la résignation, c'est un effort de tous les instants.
L. Garnier · 16 juil. 2024
Gandhi ne parle ici que du pardon accordé aux autres. Celui qu'on s'accorde à soi-même oblige à puiser la force dans la faiblesse même qu'on se reproche.
Si nous pouvions nous changer nous-mêmes, les tendances du monde changeraient aussi.
— Mahatma Gandhi, 1913
Sans malveillance envers quiconque, avec charité pour tous.
— Abraham Lincoln, 1865
2 Réflexions
J. Mercier · 25 juil. 2020
« Sans malveillance envers quiconque, avec charité pour tous. » Prononcé alors qu'une guerre civile touchait à sa fin, ce n'est pas un vœu naïf, c'est un courage politique immense. On l'oublie trop souvent.
L. Garnier · 21 nov. 2021
Tout tient dans « quiconque ». « Pour tous », on peut le dire d'une foule sans regarder personne ; « quiconque » oblige à penser à chacun, un à un, y compris à ceux qu'on préférerait oublier.
Gardez toujours à l'esprit que votre propre résolution de réussir importe plus que toute autre chose.
— Abraham Lincoln, 1855
3 Réflexions
Sofiane B. · 4 févr. 2017
Ma résolution de réussir compte plus que tout le reste. Je l'ai recopiée dans mon carnet le jour où j'ai ouvert mon petit atelier. Deux ans que ça tient.
Hélène B. · 19 sept. 2019
À afficher au-dessus du bureau pour les jours de doute. Lincoln savait de quoi il parlait.
le_flâneur · 30 mai 2024
Je reviens sur cette phrase à chaque nouveau départ. La volonté d'abord, les circonstances ensuite. Ça ne vieillit pas.
Les ténèbres ne peuvent chasser les ténèbres ; seule la lumière le peut. La haine ne peut chasser la haine ; seul l'amour le peut.
— Martin Luther King, 1963
5 Réflexions
lectrice_du_matin · 15 janv. 2016
Un 15 janvier, jour anniversaire du docteur King : la coïncidence m'a fait sourire. Cette phrase est de celles qu'on devrait se réciter chaque matin.
Aurélie P. · 7 juil. 2018
Les ténèbres ne chassent pas les ténèbres. Simple, limpide, et si dur à tenir quand on est en colère. J'essaie.
Thomas V. · 2 juin 2020
Beaucoup de colère dans le monde ces temps-ci. Je relis King pour ne pas m'y perdre. Merci pour ce rappel au bon moment.
A. N’Diaye · 11 avr. 2022
Je la lis à mes élèves chaque année. Un jour l'un d'eux m'a dit : « mais c'est difficile, monsieur. » Oui. C'est justement pour ça que c'est grand.
la_liseuse · 28 oct. 2025
Depuis les tout débuts de ce blog je passe ici presque chaque matin, et cette page reste ma préférée. La lumière contre l'obscurité : tout est dit.
C'est toujours le bon moment pour faire ce qui est juste.
— Martin Luther King, 1964
3 Réflexions
petite_lampe · 9 nov. 2018
« C'est toujours le bon moment pour faire ce qui est juste. » Plus d'excuse pour remettre à demain, alors.
fenêtre_ouverte · 7 mars 2019
Ce qui est juste est presque toujours petit et immédiat : rendre ce qu'on a emprunté, dire le mot vrai. Et cela ne se bonifie jamais à attendre.
le_promeneur · 22 févr. 2023
Je l'ai gardée en tête toute la semaine. Attendre le « bon moment » est souvent une façon polie de ne rien faire. King coupe court.
Il faut faire ce que l'on se croit incapable de faire.
— Eleanor Roosevelt, 1960
3 Réflexions
Élise M. · 3 juin 2017
J'ai passé mon permis à quarante-deux ans en me répétant cette phrase à chaque rond-point. Faire ce qu'on se croit incapable de faire.
Margaux L. · 14 mars 2020
Eleanor Roosevelt ne mâchait pas ses mots. Pas de « essaie », pas de « peut-être ». Tu dois. Ça me pousse.
J. Mercier · 27 sept. 2023
Je l'ai lue le matin de ma soutenance. Les jambes tremblaient, mais je l'ai fait. Merci à cette page.
Le bonheur n'est pas un but ; c'est une conséquence.
— Eleanor Roosevelt, 1960
Seuls, nous pouvons si peu ; ensemble, nous pouvons tant.
— Helen Keller, vers 1922
4 Réflexions
M. Dubois · 20 avr. 2016
Helen Keller, dont la vie entière prouve la phrase. Rien de ce qu'elle a accompli ne s'est fait seule. Belle leçon d'humilité.
Camille R. · 11 oct. 2018
Je l'ai lue à voix haute à la réunion de notre association de quartier. Ça a mis tout le monde d'accord d'un coup.
Sofiane B. · 5 janv. 2021
« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », dit le proverbe. Keller dit presque l'inverse et pourtant c'est la même vérité.
Hélène B. · 18 août 2024
Après des mois de travail d'équipe difficile, cette citation remet les choses à leur place. Ensemble, vraiment.
Sans lutte, il n'y a pas de progrès.
— Frederick Douglass, 1857
2 Réflexions
vieux_carnet · 6 mars 2019
Douglass savait de quoi il parlait, lui qui était né esclave. « Sans lutte, il n'y a pas de progrès. » On ne peut pas lire ça à la légère.
A. N’Diaye · 2 déc. 2022
Je l'utilise en cours d'histoire. Les élèves comprennent vite que le confort n'a jamais fait avancer personne.
Je m'unirais à n'importe qui pour faire le bien, et à personne pour faire le mal.
— Frederick Douglass, 1855
Si tu n'as pas confiance en toi, tu es deux fois vaincu dans la course de la vie.
— Marcus Garvey, 1923
1 Réflexion
Aurélie P. · 13 mai 2021
Deux fois vaincu dans la course de la vie si l'on n'a pas confiance en soi. Dur, mais juste. Je travaille ma confiance comme un muscle, un peu chaque jour.
Efforce-toi d'être un arc-en-ciel dans le nuage de quelqu'un.
— Maya Angelou, 2008
5 Réflexions
petite_lampe · 8 févr. 2016
Être un arc-en-ciel dans le nuage de quelqu'un. Quelle plus jolie mission pour une journée ? Je vais essayer aujourd'hui.
la_liseuse · 24 juin 2018
Maya Angelou a ce don de rendre la bonté concrète. Pas un grand geste, juste un peu de couleur dans la grisaille de l'autre.
L. Garnier · 6 mai 2020
Un arc-en-ciel ne chasse pas la pluie, il en a besoin. Angelou ne propose pas de dissiper le chagrin d'autrui, seulement de ne pas rester à l'abri.
le_flâneur · 15 sept. 2021
J'ai souri à la boulangère ce matin en pensant à cette phrase. Elle a souri aussi. Petit arc-en-ciel, mission accomplie.
Thomas V. · 30 nov. 2024
Je l'ai recopiée sur un mot pour ma fille qui part en internat. Qu'elle soit cette couleur-là pour les autres.
Vous pouvez connaître bien des défaites, mais vous ne devez pas vous laisser vaincre.
— Maya Angelou, 1983
4 Réflexions
Élise M. · 19 janv. 2017
Rencontrer des défaites sans être vaincue. Toute la différence tient dans cette nuance, et elle m'a tenue debout cette année.
fenêtre_ouverte · 3 oct. 2017
Tenir n'a rien de spectaculaire : non pas gagner chaque jour, seulement ne pas se laisser mettre à terre. Les gestes ordinaires font le gros du travail.
Sofiane B. · 4 oct. 2020
Mon atelier a failli fermer ce printemps. Cette phrase d'Angelou était punaisée au mur. On a tenu.
Margaux L. · 7 mai 2023
Angelou revient souvent par ici, et je ne m'en lasse pas. La défaite comme étape, jamais comme fin.
La diligence est la mère de la bonne fortune.
— Miguel de Cervantès, 1605
J'ai toujours imaginé que le Paradis serait une sorte de bibliothèque.
— Jorge Luis Borges, 1977
5 Réflexions
vieux_carnet · 26 mars 2016
Le paradis comme une bibliothèque : Borges parle directement à mon cœur de bibliophile. J'ai des rayonnages jusqu'au plafond et je m'y sens déjà un peu au paradis.
lectrice_du_matin · 2 nov. 2017
Je lis ça entourée de mes piles de livres en désordre. Si c'est cela le paradis, j'y suis presque.
Hélène B. · 14 juil. 2019
Borges, nommé directeur de la Bibliothèque nationale au moment où il perdait la vue. Imaginer le paradis en bibliothèque quand on ne peut plus lire… c'est déchirant et sublime.
Thomas V. · 9 sept. 2022
Mon fils vient d'avoir sa carte de bibliothèque. Son émerveillement devant tous ces rayons m'a rappelé cette phrase. Le paradis des enfants aussi.
le_promeneur · 3 janv. 2026
Première visite de l'année, et vous tombez juste avec Borges. Je me souhaite une année entière passée entre les livres. Bonne année à cette belle communauté de lecteurs.
Le temps est un fleuve qui m'emporte, mais je suis ce fleuve.
— Jorge Luis Borges, 1946
3 Réflexions
le_flâneur · 12 avr. 2019
« Le temps est un fleuve qui m'emporte, mais je suis ce fleuve. » Borges et son vertige habituel. Je relis trois fois et à chaque fois je comprends autre chose.
L. Garnier · 13 févr. 2022
Il suffirait d'inverser les deux moitiés pour en faire une plainte. Borges termine sur ce que nous sommes, et c'est assez pour ne pas perdre pied.
J. Mercier · 28 oct. 2023
À mesure que je vieillis, cette image me console. Être emporté et être le courant lui-même. Nous ne sommes pas que les victimes du temps.
L'amour est si court et l'oubli si long.
— Pablo Neruda, 1924
4 Réflexions
Camille R. · 21 févr. 2016
« L'amour est si court et l'oubli si long. » Le poème vingt de Neruda. Je l'ai appris par cœur à dix-huit ans et il ne m'a jamais quittée.
Aurélie P. · 9 juin 2018
Lu juste après une rupture. Mauvaise idée et excellente idée à la fois. Neruda met des mots exacts sur la lenteur de l'oubli.
petite_lampe · 17 mars 2021
Aurélie, j'espère que l'oubli a fini par arriver depuis. Neruda console même quand il fait mal.
Aurélie P. · 5 déc. 2024
petite_lampe, oui, le temps a fait son travail. Et je relis Neruda désormais sans serrement de cœur, juste pour la beauté. Merci de votre mot.
Je veux faire avec toi ce que le printemps fait avec les cerisiers.
— Pablo Neruda, 1924
3 Réflexions
Margaux L. · 14 févr. 2018
Un 14 février, évidemment. « Ce que le printemps fait avec les cerisiers. » Je n'ai jamais lu déclaration plus belle. Neruda bat tous les chocolats.
la_liseuse · 30 avr. 2021
Les cerisiers sont en fleur sous ma fenêtre en ce moment, et je comprends exactement ce qu'il veut dire. Faire éclore quelqu'un.
Thomas V. · 22 mai 2024
Je l'ai glissée dans une carte pour mon épouse, pour nos vingt ans de mariage. Elle a pleuré. Merci Pablo.
Voyageur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.
— Antonio Machado, 1912
2 Réflexions
le_promeneur · 3 août 2017
« Caminante, no hay camino. » Mon vers préféré au monde, et quel pseudonyme mieux choisi que le mien pour le dire. On fait le chemin en marchant, un point c'est tout.
le_flâneur · 16 sept. 2022
le_promeneur, nous sommes donc deux à l'avoir pris pour devise. Machado pour les marcheurs de tous bords.
Mérite ton rêve.
— Octavio Paz, vers 1950
1 Réflexion
Sofiane B. · 11 juin 2019
« Mérite ton rêve. » Trois mots et toute une exigence. Rêver ne suffit pas, il faut s'en rendre digne. Je l'ai noté en grand au-dessus de l'établi.
La solitude est le fait le plus profond de la condition humaine.
— Octavio Paz, 1950
4 Réflexions
M. Dubois · 29 janv. 2017
La solitude comme fait le plus profond de la condition humaine. Paz ne la plaint pas, il la regarde en face. J'ai mis du temps à accepter cette lucidité.
Élise M. · 13 oct. 2019
Étrangement, lire ça ne m'attriste pas, ça m'apaise. Nous sommes tous seuls de la même manière, donc jamais tout à fait seuls.
vieux_carnet · 7 avr. 2022
La solitude choisie et la solitude subie sont deux pays différents. Paz parle de la première, je crois. Celle qui rend plus présent aux autres.
le_promeneur · 19 déc. 2025
Je lis Paz au coin du feu, seul, et je ne me suis jamais senti en meilleure compagnie que celle de ces pages. Un paradoxe que lui-même aurait aimé.
Tomber dans l'habitude, c'est commencer à cesser d'être.
— Miguel de Unamuno, 1912
Nous sommes coupables de bien des erreurs et de bien des fautes, mais notre pire crime est l'abandon des enfants.
— Gabriela Mistral